22 septembre 2026

Le récit de soi

L’été s’achève. Les enfants rentrent à l’école et enfin les idées peuvent fourmiller. Il en est une que je voudrais vous exposer aujourd’hui ; tandis que je me promenais dans cet endroit hautement bizarre qu’est Le Nombril du Monde, à Pougne-Hérisson, parc d’attraction sur le thème de l’art du récit, je méditais, dans le mauvais sens du terme. C’est-à-dire qu’au lieu de créer une bulle de reconnexion à mon corps et de faire le vide dans ma tête, je réfléchissais ardemment à cette notion d’art du récit.

Un art. Tiens. Revenons à ce grand casse-tête qui aura traumatisé tous ceux qui ont fait philo en Terminale : Qu’est-ce que l’art ?

Larousse, mon meilleur ami, nous en donne plusieurs définitions. Outre l’ensemble des procédés, des connaissances et des règles intéressant l'exercice d'une activité ou d'une action quelconque, habileté, talent, sens esthétique, il y a une définition qui m’intéresse plus particulièrement ici :

“Création d'objets ou de mises en scène spécifiques destinées à produire chez l'homme un état particulier de sensibilité, plus ou moins lié au plaisir esthétique : Les révolutions de l'art moderne.”

Je pose ça là, en suspens.

Maintenant, allons chercher un autre endroit où le terme « récit » apparaît dans un contexte où on l’attend moins : faire le récit de soi, selon Boris Cyrulnik, notre médecin neuropsychiatre préféré. Vais-je faire le parallèle entre art et récit de soi ? Absolument. Mettons ces deux-là sur le ring.

Selon Boris Cyrulnik, le récit de soi est « le processus par lequel une personne met en mots son histoire personnelle pour lui donner du sens ». C’est l’histoire qu’on se raconte sur soi-même. On fait tous ça, on se raconte des histoires sur nous-même, on choisit de voir telle chose, de masquer une autre, de ne pas prêter attention et d’apposer, sans s’en rendre compte, le voile du déni. C’est un mécanisme totalement normal, naturel, universel.

Une personne à qui il est arrivé quelque chose d’insoutenable se retrouvera très gênée dans son récit de soi. C’est là que les difficultés commencent. On rumine, l’estime de soi plonge, et le cercle vicieux s’enclenche.

Par un travail sur soi, on va pouvoir se ressaisir du récit de son histoire passée. Je vous conseille plus que vivement de réaliser ce travail auprès d’un professionnel de santé si vous êtes en souffrance (médecin, psychologue, psychiatre).

Pourquoi je vous parle de tout ça ? Car j’ai eu une cliente qui a eu pour projet de faire le récit d’elle-même par mon intermédiaire, afin de clore une étape de sa psychothérapie. J’avais déjà mentionné dans un précédent article que mon rôle ne peut en aucun cas se substituer à celui du psychologue.

Et ce jour-là, dans le Nombril du Monde, je pensais à ma cliente, à Boris Cyrulnik et à l’art du récit, au milieu des héros auxquels les enfants se mesuraient. Littéralement. On peut faire la taille. Allez-y, vous verrez bien de quoi je parle.

Je pensais à quel point c’était juste beau de s’offrir la possibilité d’ouvrir son petit livre intérieur, de décortiquer son histoire et d’aller lire entre les lignes, puis d’écrire de nouvelles pages pour se raconter de nouveau. Aller à la rencontre d’un soi-même autrefois enfoui, aujourd’hui accueilli comme on accueille son meilleur ami. Voilà le processus et à quoi ça sert, toujours selon notre cher Monsieur Cyrulnik : la mémoire narrative contre la réalité brute.

Les souvenirs ne sont pas des enregistrements. Les neurosciences ont démontré que la mémoire est une reconstruction dynamique et les souvenirs tendent naturellement à devenir plus positif avec le temps passant. Nous le ressentons tous, par exemple tous avec nos souvenirs d'enfance : nous idéalisons cette époque de notre vie en même temps qu’on s’en éloigne. Dans le cadre d’un événement traumatique, on modifie la charge émotionnelle que l’on porte en le racontant.

Donner du sens

Mettre en récit permet de faire une transition entre un statut de victime subissant un non-sens ou une absurdité à un statut d’acteur de sa propre histoire. On peut expliquer ce qui est arrivé, pourquoi, et ce qu’on décide d’en penser et d’en faire.

Un Autre validant

Le récit de soi se fait de façon continue, de façon plus ou moins consciente, et l’on s'appuie sur notre environnement pour le faire valider. Une peine de cœur passe plus vite quand vous pouvez raconter votre chagrin à un proche. Ce processus nécessite un cadre d’écoute sécurisant et validant. Boris Cyrulnik emploie le terme de tuteur de résilience. Si vous ne pouvez trouver un appui sans craindre le rejet, une honte ou un déni social, des thérapeutes sont disponibles et offrent de multiples supports d’expression.

Du récit collectif

Les événements traumatiques ne sont pas reconnus de la même façon dans toutes les cultures ni à toutes les époques, ni même d’une génération à l’autre dans une même famille. La perception collective d’un événement va directement exercer son influence sur votre propre façon de vous raconter.

Se réapproprier son histoire, avec ses propres mots

Il ne s'agit pas de restituer fidèlement la réalité des faits (la vérité historique), mais de reconstruire une représentation de son vécu (la vérité psychique) afin d'apprivoiser un traumatisme et de se réapproprier sa propre vie.

Et l’art, dans tout ça ?

C’est là où j’ai adoré accompagner ma cliente : j’offre un support littéraire à vos récits. Elle s’en est saisie pour sublimer une histoire qu’elle avait par ailleurs haï. C’est un acte d’amour envers soi-même, une mise en scène salutaire, la célébration d’une survie et que cette œuvre soit finalement publiée ou non, son existence passe la porte de la transmission à autrui.

Bravo à toi, ma chère !

Transmettre son histoire

Envie de préserver vos souvenirs de famille ?

Autour d'un café à votre domicile (à Niort et aux alentours), nous avançons un chapitre à la fois, à votre rythme, dans le respect de votre voix et de votre histoire.

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