5 mars 2026

Épigénétique (2)

Fin de la Seconde Guerre mondiale, les Pays-Bas subissent une terrible famine due à un blocus. Des scientifiques ont réalisé un suivi sur les enfants des femmes enceintes à cette période. Ces enfants présentaient, à l’âge adulte, des taux bien plus élevés d’obésité, de diabète et de maladies cardio-vasculaires que la normale. Même dans l’abondance des années 50-60, ce “réglage” métabolique est resté toute leur vie, et cette caractéristique s’est même retransmise chez certains enfants de la troisième génération.

Source : https://www.sciencedirect.com/science/article/am/pii/S195725572200092X

La chercheuse Rachel Yehuda a mené des travaux pionniers sur les enfants de survivants des camps de concentration. Ils n’avaient pas vécu la guerre, et pourtant ces enfants présentaient des profils hormonaux anormaux, dont des niveaux de cortisol (l’hormone du stress) différents de la population générale, les rendant plus vulnérables au stress et aux troubles anxieux. Ici, le corps transmet une “vigilance biologique” à la génération suivante pour la préparer à un environnement hostile.

Source : https://shs.cairn.info/revue-devenir-2004-2-page-77?tab=resume

Prenons la direction d’un laboratoire : les chercheurs Brian Dias et Kerry Ressler publient en 2014 dans Nature Neuroscience une étude devenue célèbre. Ils ont mené une expérience sur des souris pour tenter d’isoler le mécanisme de transmission. Ils ont exposé des souris mâles à une forte odeur de cerisier (l’acétophénone) tout en leur envoyant une légère décharge électrique. Les souris ont très vite manifesté de la peur dès que l’odeur leur parvenait. Ce réflexe nous est déjà connu via le célèbre conditionnement du chien de Pavlov. Les deux générations suivantes de souriceaux manifesteront des peurs paniques dès la première exposition à cette odeur, sans aucune décharge électrique associée. Les chercheurs ont pu observer que la zone de leur cerveau dédiée à cette odeur était devenue physiquement plus grande, code transmis via le sperme par des marques épigénétiques.

Fascinant, n’est-ce pas ?

Ces exemples parlent d’expériences traumatisantes, mais qu’en est-il de la résilience et de la beauté transmise ?

Des études démontrent les bienfaits des bons soins envers les enfants, bien sûr, qui deviendront eux-même plus naturellement des parents attentionnés. Ou encore le sport ! Ou un talent cultivé. Toutes ces caractéristiques se transmettent aussi biologiquement, pas que culturellement.

Il y a un exemple assez amusant dans ma famille ; un jour, mon fils alors âgé de 3 ans, a commencé à ressentir une colère immense envers un invité, venu dîner chez nous. J’avais cuisiné un poisson nature, et disposé toutes sortes d'assaisonnements sur la table. Notre invité s’est saisi du moulin à poivre. Mon fils l’a fixé d’un regard noir. Un tour de moulin, deux, trois, et ne pouvant plus contenir son autorité, lui a assené un “C’est assez !”.

Quand j’ai rapporté cette scène qui nous a tous fait mourir de rire à ma mère, elle n’a pas été étonnée et m’a raconté que c’était typique des petits Valério. Mes cousins du Portugal avaient été pareils, on ne pouvait pas manger à table sans qu’ils interviennent. J’ai moi-même toujours eu à cœur de partager équitablement gâteaux et autres denrées, et je me souviens avoir piqué quelques colères en constatant des disparitions dans le frigo.

Alors épigénétique, ou mimétisme transgénérationnel, parfois la frontière peut sembler floue. Mais à l’origine, il y a une histoire fondatrice. Ici, elle demeurera inconnue.

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