Il n’y a pas que les gens et leurs histoires que j’aime, mais les villes et ses bâtiments aussi.
Il n’y a pas très longtemps que je vis à Niort, mais je connais cette ville depuis toute petite. Pour vous dire à quel point je suis vieille, mes enfants, j’ai connu la place de la Brèche quand elle était encore un parking. Eh oui. Les dragons en gardaient déjà l’entrée des rues pas encore piétonnes. Des générations d’enfants, jusqu’au mien évidemment, s'amuseront à escalader la bête.
“Mais pourquoi ces dragons ?”
La question vient bien entendu de l’enfant. Comme tout bon adulte, une part de ma curiosité s’évanouit dans les affres de la vie quotidienne.
Alors voilà la légende :
L'histoire se déroule à une époque où le Marais poitevin s'étendait encore jusqu'aux portes de la ville, du côté du faubourg de Ribray et de la Porte Saint-Jean.
La légende raconte qu'un monstre effroyable, énorme serpent ailé que les anciens appelaient “la Serpe”, avait élu domicile dans les vastes souterrains de Niort. La nuit comme le jour, la créature sortait de son antre pour dévorer le bétail, mais aussi les femmes, les hommes et les enfants. La ville entière vivait dans la terreur, et toutes les expéditions envoyées pour abattre la bête avaient fini en amuse-gueules.
C'est alors qu'un soldat, nommé Jacques Allonneau dans certaines versions, condamné à mort pour désertion, fit une proposition au gouverneur : sa grâce contre la tête du dragon.
Un combat épique
Le jour J, le soldat s'équipe d'une lourde armure d'acier et, détail crucial, se couvre le visage d'un masque de verre. Il s'avance vers l'antre du monstre armé de sa lance et d'un poignard. Le combat est d'une violence inouïe.
Le soldat, dans un élan de bravoure, réussit à esquiver les coups de queue du monstre et lui plonge son poignard profondément dans la gorge.
Le dragon s'effondre, vomissant des flots de sang. Le soldat, se croyant victorieux et cherchant à reprendre son souffle, commet alors l'erreur fatale : il retire son masque de verre. Dans un ultime soubresaut d'agonie, le dragon lui crache son venin au visage (ou le mord, selon les versions).
Le héros s'écroule et meurt sur le coup, aux côtés de la bête.
Comme toute légende, il existe des variantes.
Mais figurez-vous que l’on trouve les vestiges d’un tombeau, conservé au musée Bernard d’Agesci, mentionnant Homo occubuit serpentis veneno (l'homme a péri par le venin du serpent) et Hi periere simul (ils ont péri ensemble).
Les statues du centre-ville, elles, sont une création de Jacques Hondelatte, et sont là depuis 1992.
Cette histoire nous parle d’un Niort du Moyen-Âge qui attise vivement ma curiosité. Dans un prochain article, on ira voir du côté du donjon, qui, paraît-il, a été bâti par un certain Richard Coeur de Lion !